Retrouvez les enregistrements des premières conférences de chaque cycle sous l'onglet "enregistrements" !
SAISON 9 ( septembre 2019 - mars 2020)

(cliquez sur chacun des cycles pour plus d’informations)

Cycle 1 : Sagesses de l'Orient (Baudouin Decharneux)

Sagesses de l’Orient

Baudouin Decharneux

La philosophie occidentale, volontiers nombriliste, oppose volontiers les méthodes qu’elle déploie dont on sait qu’elles sont une étonnante déclinaison autour de l’idée de raison, aux sagesses orientales ou asiatiques.

On peut énumérer les lignes de fractures entre ces traditions comme suit :

–       L’Orient privilégie l’orthopraxie en matière d’apprentissage. L’ici et maintenant en insistant sur une remise en question permanente : il s’agit d’une valorisation du doute pratique (en Occident le doute théorique est surdéterminé). On peut apprendre de ses erreurs. On assume le caractère paradoxal d’un apprentissage d’autant plus fort qu’il est associé avec la reconnaissance de l’erreur. 

–       Les pensées orientales défendent la thèse d’une nature commune à l’ensemble des humains. Il est certainement un « sujet » dans ces façons de lire et de dire le monde ; ce sujet est compris en inter-dépendance avec les autres. Ses contours identitaires sont différents. 

–       Le corps est considéré comme faisant partie intégrante du rapport au monde et des manifestations de la subjectivité. Derrière ce constat se niche l’idée que corps et esprit font Un et qu’en conséquence l’amélioration d’une des composantes a une incidence directe sur l’Autre. C’est en soi l’idée de « do ».

–       Un des messages les plus importants des philosophies orientales est de soutenir la thèse d’une identité commune entre les personnes. « Tous les mêmes ». Autrement dit, je vis ce que tu vis et réciproquement. Derrière la diversité phénoménale, se cache une nature commune qu’il convient de découvrir en élaguant peu à peu ses particularités trompeuses pour mettre à jour l’essentiel. 

  Le détour par l’étranger révèle l’étrange qui est en nous disait l’érudit Marcel Detienne. En dernière analyse, ce chemin vers l’Autre, cet ailleurs étrange qu’est l’Orient pour les Occidentaux, n’est-il pas une façon de mieux se connaître soi-même ?  C’est cet enjeu réflexif qui retiendra notre attention au fil des cours.

Cycle 1: le matin de 10h00 à 11h20

24 septembre Hindouisme

Ce cours sera essentiellement consacré à l’étude des différentes formes que la pensée hindouiste a revêtu. Il insistera sur les dimensions hénothéiste et circulaire du rapport au divin en montrant les présupposés idéologiques qui sous-tendent ces formes de représentation du monde.

8 octobre Taoïsme

Nous examinerons le taoïsme en tant que théorisation des pensées chamaniques chinoises. Ce cours sera centré sur les idées de nature, de transmutation, d’opposés complémentaires et de non-agir.

 

22 octobre

Confucianisme

Nous étudierons le confucianisme en tant que pensée paradoxale à savoir de « tradition innovante ». Il s’agira de montrer comment en centrant la pensée chinoise sur une orthopraxie unifiée et codifiée, le confucianisme peut être compris à la fois comme une morale et une philosophie politique

 
12 novembre

Bouddhisme

Au travers de plusieurs exemples tirés des traditions bouddhistes du Theravada et du Mahayana, nous examinerons l’originalité de cette pensée qui se revendique de l’autorité de Gautama Siddharta. Il s’agira de montrer comment l’idée d’éveil peut être comprise comme un premier élan vers la reconnaissance d’une subjectivité.

 
26 novembre
Méditations entre postures et impostures
 
La méditation est à la mode. Elle prend des formes diverses qu’il s’agisse des mondes de l’enseignement, de l’entreprise, de la thérapie… Comme l’aspirine, la méditation semble être devenue bonne pour tout. Qu’elle est l’origine d’une telle pratique sur le plan philosophique ? Cette orthopraxie est-elle transposable sous toutes les longitudes et toutes les latitudes sans un effort de contextualisation?
10 décembre
Une universalité paradoxale : le zen japonais
 
Sur bases d’exemples empruntés à la culture japonaise, nous examinerons différentes facettes du zen et de la fascination qu’il suscite en Occident. Il s’agira de montrer comment cet mouvance particulière du Bouddhisme a jeté les bases d’une métaphysique originale.

 

Cycle 2 : La rhétorique comme exercice du regard (Emmanuelle Danblon)

La rhétorique comme exercice du regard.

Les témoins, les prophètes ou comment se dit la clairvoyance ?

Emmanuelle Danblon

La rhétorique est un exercice de la parole mais elle est avant tout un exercice du regard. Dans cette perspective, la notion de témoignage (pensons à l’expression de témoin oculaire) et son ancêtre, la notion de prophétie, jouent un rôle essentiel dans la façon dont ce qui a été perçu est mis en mot. De la difficulté à percevoir le réel tel qu’il est aux différentes fonctions publiques du témoignage, dans tous les cas, le choix des mots et des figures décidera de ce que les auditoires voudront bien entendre. Cette promenade à travers les différentes figures rhétoriques du témoin propose un éclairage sur les dangers du déni de réalité et les grandeurs de la clairvoyance mise en mots.

 

Cycle 2 : le matin de 11h40 à 13h00

24 septembre 2018 Question de mots. Questions de mythes.

Retour à l’étymologie et à la linguistique d’un vocabulaire commun entre le témoignage et la prophétie. L’aventure du regard à travers les mots. Porter témoignage, un acte de langage primordial ? Pourquoi Tirésias est-il aveugle et Jacob est-il endormi ?

8 octobre
Le témoignage en rhétorique.

Le témoin à la barre main dans la main avec le témoin de vie. Preuves « techniques » et preuves « extra-techniques ». Pourquoi faut-il mettre en mot l’évidence ? Comment fait la rhétorique pour mettre sous les yeux ?

22 octobre
Exercer le regard dans les métiers.

L’interprétation des indices en droit, en histoire, en médecine et en art. Pourquoi un seul témoin ne suffit pas ? Retour sur le paradigme indiciaire de Carlo Ginzburg. Quel est le rôle du dialogue entre Sherlock Holmes et le Dr Watson ?

12 novembre
Le rôle du témoignage pour la mémoire.

Raconter un événement, pour quoi faire ? Les risques de l’idéalisation de la transmission : « Plus jamais ça », est-ce bien raisonnable ? Le message des témoins est-il passé ? Faut-il témoigner avec parcimonie ou avec emphase ? Le bon témoin est-il bon orateur ?

26 novembre
Les témoins des grandes catastrophes.

Exprimer l’ineffable : une fonction naturelle de la rhétorique. Pourquoi ont-ils recours aux énigmes ? Comment les témoins spontanés s’emparent de l’ironie tragique ? Pourquoi le détour par la figure est-il rationnel ? La rhétorique peut-elle prendre le relais des derniers témoins qui vont disparaître ?

10 décembre 2018 En conclusion : l’actualité des témoins prophètes.

Pourquoi l’histoire a besoin de la rhétorique ? La hauteur de vue peut-elle s’exercer ? Les prophètes d’aujourd’hui : guides, gourous, théoriciens du complot et guetteurs de rêve. Avons-nous une préférence ?

 

 

Cycle 3 : Art et authenticité (Thierry Lenain)

Art et authenticité

Thierry Lenain

Appliquée au domaine de l’art, la notion d’authenticité est un opérateur typiquement complexe et plurivoque. Selon les cas, elle fonctionne comme une valeur, une condition d’appartenance catégorielle au domaine de l’art ou un critère de classement objectif à l’intérieur de ce domaine. Qui plus est, elle ne se limite pas à exercer la fonction critique d’outil de discrimination ou de production de différences ; tout aussi essentielle est sa vocation à engendrer des amalgames, des inversions dialectiques et des mutations conceptuelles.

Muni de cet opérateur aux usages multiples, les acteurs du champ artistique peuvent non seulement établir des distinctions (par exemple entre le faux et l’authentique) mais encore entretenir d’utiles confusions (par exemple entre l’axiologique et l’ontologique). Ils peuvent aussi provoquer des retournements à la faveur desquels ce que l’on tenait pour authentique d’un certain point de vue est soudain présenté au contraire comme faux ou inauthentique.

Enfin, l’authenticité peut se dire aussi bien de l’artiste que de l’objet. Dans le premier cas, il s’agit d’évaluer la qualité intrinsèque du travail créateur d’un sujet dont on attend un engagement sincère. Quant à l’authenticité de l’objet, elle correspond à l’établissement d’une provenance et ne constitue donc pas, en elle-même, une valeur mais plutôt une propriété dépendante d’un jugement factuel. Les exposés viseront surtout à mettre en lumière cette complexité inhérente au concept d’authenticité, mais aussi son statut de « valeur forte », à travers l’examen des thèses de deux philosophes qui l’ont théorisé, Nelson Goodman et Denis Dutton.

Cycle 3 : le matin de 10h00 à 11h20

1er octobre L’authenticité, une notion centrale, fragile, plurivoque et indispensable.

Ayant situé le mot quant à son étymologie, son histoire et ses principaux usages, on montrera que, malgré sa précarité sémantique, la notion d’authenticité reste un repère incontournable dans le domaine de la théorie de l’art comme en morale.

15 octobre Nelson Goodman et Denis Dutton

Analyse des positions de ces deux auteurs particulièrement influents quant à la problématique de l’authenticité. Chez Goodman, on constate une tendance à la dissolution du concept tandis que Dutton en propose une définition large et non-oppositionnelle.

5 novembre Authenticité nominale et authenticité expressive : les arts dits « ethniques » et les arts performatifs

Le concept se scinde entre identité objective et valeur expressive. Cette dichotomie sera examinée à partir des cas particuliers 1°) des arts traditionnels non-occidentaux dans lesquels prime la fonction rituelle des objets et 2°) des arts dans lesquels l’œuvre consiste en une interprétation.

19 novembre Reprise critique de la thèse de Denis Dutton : deux objections

L’approche de Dutton prête le flanc à une double critique : non seulement on y décèle un schème subjectiviste et internaliste mais, en outre, la présence implicite d’une sorte d’ethnocentrisme de second degré.

3 décembre L’exigence d’authenticité : un critère occidental et moderne

Cet exposé consacré à une mise en situation et à une relativisation culturelles de l’exigence d’authenticité débouchera sur une réflexion au sujet d’une possible extension du concept permettant son application à des œuvres d’art nées hors de l’horizon occidental moderne.

17 décembre Usages de la notion d’authenticité : fonction critique, amalgames, inversions dialectiques et mutations conceptuelles

Retour sur la complexité inhérente de la notion ainsi que sur ses multiples avatars dans le champ discursif ; les distorsions qu’elle peut y subir ne vont jamais jusqu’à l’effondrement – sauf aberrations telles que l’idéologie « post-truth » qui empoisonne l’espace médiatique actuel.

 

Cycle 4 : L'animal, l'humain et le divin (Frank Pierobon)

L’animal, l’humain et le divin

Frank Pierobon

Aujourd’hui comme hier, l’être humain est incapable de répondre directement à la question « qu’est-ce l’homme ? » qui pourtant le taraude : historiquement, il usait d’un expédient utile, s’identifiant indirectement à travers ce qu’il n’est pas : il se révèle alors comme cet animal qui se dit qu’il n’en est pas un, ou à tout le moins qu’il n’est pas que cela. Cette identité différentielle hante l’être humain, et cela d’autant plus cruellement qu’il doit se nourrir de la viande de ces animaux que jadis il chassait et domestiquait : une construction métaphysique est nécessaire – une divinité – pour le protéger dans l’angoissante institution du sacrifice. Ce sont ces arrangements archaïques qui perdurent dans les religions qui inspirent et hantent encore aujourd’hui notre société, ainsi que notre propre rapport au corps et ce sont ceux-là que nous explorons dans ce cycle de conférences.

 

Cycle 4 : le matin de 11h40 à 13h00

1er octobre Ce que « comprendre » veut dire, quand il s’agit de vie et de mort 

La faim est à peine plus angoissante que l’horreur du meurtre, quand la proximité est forte entre l’animal et l’humain et qu’il faut se nourrir autant que faire se peut pour survivre. L’être humain en se différenciant de plus en plus radicalement de l’animal, par le langage, la culture, l’organisation sociale, etc., conserve, profondément enfouies, des structures mentales que les modes modernes d’intellection ont longuement contournées pour les redécouvrir aujourd’hui. Comprendre le comprendre, c’est saisir ce que la rationalité reconduit comme déni (du corps, de la chair, de l’animalité, de la vie, de la mort, du désir, etc.).

15 octobre « Abel et Caïn », une matrice essentielle pour départager l’humain et l’animal

Texte bien connu, et pour cette raison bien méconnu, ce passage de la Genèse est riche en profondeurs vertigineuses : mais tout commence avec le fait qu’Abel était un éleveur et que Caïn n’était qu’un agriculteur : la faveur du Dieu va toujours déjà au premier, parce que, réciproquement, elle lui est indispensable. C’est qu’il faut, pour mettre à mort ses propres animaux une garantie divine, de toute éternité. Qu’en est-il alors de cette garantie, s’agissant du meurtre, si tuer est licite ? Or fait à peu près unique dans le monde vivant, l’humain tue volontiers ses semblables.

5 novembre Le bouc-émissaire et le Pharmakos

Le bouc-émissaire, dans la Bible hébraïque, ne meurt pas : il est magiquement chargé de toute la négativité d’une communauté pour être ensuite lâché dans le désert où il s’en va rejoindre le sauvage et l’inhumain. Le Pharmakos, selon le rituel de la Grèce archaïque, est un sacrifice humain et plus particulièrement, la mise à mort d’un homme que l’on aura tout d’abord exclu de sa communauté et rituellement déshumanisé. Pour cette magie-là, aucun dieu particulier n’est requis, car ce n’est que de l’hygiène sociale. De cette double situation naissent à la fois le théâtre tragique, c’est-à-dire une rhétorique de la culpabilité insurpassable, et le péché comme faute intériorisée jusqu’au niveau ontologique, à travers le prisme de la pensée hellénistique, qui fut la plus désespérée de toutes les philosophies occidentales.

19 novembre Israël biblique ou la réinvention rétrospective d’une identité via l’écriture

Nombreuses furent dans l’histoire des hommes les communautés en détresse, dans une précarité extrême et sous la menace constante de l’esclavage ou de l’extermination. Les moyens de gérer ce trauma collectif sont nombreux et divers ; ce qui distingue parmi eux les Hébreux est l’articulation de son identité émergente à une écriture spécifique (alphabétique consonantique), par laquelle s’ouvre un espace métaphysique, inouï et inédit d’où émergera lentement cette idée singulièrement révolutionnaire et insolite qu’est le monothéisme.

3 décembre

Accomplir l’écriture : l’agneau pascal

Jésus-Christ n’a rien écrit : sa parole et sa personne ne font qu’un, nécessairement. Son statut est celui d’un prophète, dont la parole est « inspirée ». Son destin singulier se cristallisera comme prophète-pharmakos, celui dont la mise-à-mort fait intégralement partie du message divin. (Sa figure est symétrique à celle de cet autre prophète-Pharmakos qu’était Socrate, dont la mise-à-mort est également subie et revendiquée à la fois). La figure de « l’agneau pascal » reconduit les fonctions cathartiques du bouc-émissaire et du pharmakos, avec un déplacement vers les couples âme/corps et esprit/lettre qui conservent invisiblement la force archaïque de l’institution du sacrifice.

17 décembre

La modernité et le christianisme comme « religion de la sortie de la religion

Le christianisme est la « religion de la sortie hors de la religion » (Marcel Gauchet). Il fournit le contexte favorable à l’essor de la science moderne, laquelle déserte progressivement l’espace mental où l’humain s’articulait à l’animalité (y compris à la sienne, celle de son corps)  avec la construction métaphysique des anciens sacrifices. Aujourd’hui, la rationalité scientifique réalise l’abstraction radicalement généralisée et réalisée dont sont exilées aussi bien l’animalité que l’humanité – sans parler de l’idée même du divin : s’il lui faut se définir par rapport à la technoscience, l’humain ne pourrait s’imaginer que sous la forme (illusoire) d’une machine parfaite. Aux angoisses légitimes de l’écologie la plus radicale s’ajoutent la prise de conscience de la détresse des animaux dans laquelle se lit, comme une obscure et fatale prophétie, la fin prochaine du mystère humain.

 

Cycle 5 : Le peuple (François De Smet)

Le peuple

 François De Smet

Qui est le peuple ? Gouverne-t-il ? Est-il au gouvernement, au parlement ou dans la rue ? Est-il autre chose que l’addition de volontés éparses ? En cette époque de profonds troubles politiques, où la démocratie représentative semble en crise, et où émergent des demandes de formes alternatives de démocratie, il conviendra ici de faire le point sur ce qu’est le peuple – s’il existe – et sur la manière de recueillir sa volonté. L’enjeu n’est pas mince : il s‘agit simplement de revivifier nos démocraties.

 

Cycle 5 : le matin de 10h00 à 11h20

7 janvier « Le peuple c’est moi » : De Robespierre aux gilets jaunes

Que nous révèle cette crise représentative sans précédent dans une démocratie établie et réputée solide ? La démocratie est-elle en train de passer le relais ? Qui possède la légitimité de se revendiquer être « peuple » ? Nous dresserons les enjeux généraux du cycle en retraçant l’historique de celles et ceux qui, des grandes révolutions aux gilets jaunes, se sont revendiqués et approprié le peuple.

21 janvier Histoire philosophique du Peuple : Rousseau et le grand malentendu

Dans le Contrat social ; Jean-Jacques Rousseau identifie le peuple et le Souverain. Le Souverain est la réalisation de la Volonté générale détenue par le peuple. Mais qui est le peuple ? De quoi est faite réellement la Volonté générale ? Rousseau visait-il réellement une forme de démocratie directe aboutie ? Et ne nous sommes-nous pas enfermés, depuis, dans la deuil de a démocratie directe en nous jetant, contre Rousseau, dans des processus représentatifs qui altèrent la Volonté générale ?

04 février La nation est une ombre : réflexion sur la psychologie de la nation autour des Discours à la nation allemande de Fichte et de L’étrange histoire de Peter Schlemihl d’Adelbert von Chamisso.

Qu’est-ce qu’une nation ? Dans toute l’histoire de la pensée, c’est sans doute entre l’idéalisme et el romantisme allemand que la question s’est posée avec le plus d’acuité. Dans ses Discours, Fichte interroge la nature profonde de la nation allemande en constitution. Mais peut-être la nation n’est-il qu’une ombre, une sorte de gigantesque Narcisse dont nous ne pouvons réellement nous séparer, car nous avons besoin comme de pain de nous pouvoir dissoudre nos individualités dans une identité. Une lecture croisée de deux œuvres nous aidera à y voir plus clair, pour comprendre comment la nation se forge dans les tréfonds de l’esprit humain : Les discours à la nation allemande de Fichte (1807) et L’Histoire merveilleuse de Pierre Schlémihl d’Adelbert von Chamisso (1814).

18 février Le modèle essoufflé : lecture de « Contre les élections » de David van Reybrouck

Brexit, élection de Donald Trump : les scrutins sont-ils tous désormais les lieux d’une tension irréductible entre populisme et démocratie ? Les « sans-voix », qui se sentent exclus de la dynamique économique et sociale, ont-ils été « trouvés » et rassemblés sur les réseaux sociaux en vue de devenir une majorité de moins en moins silencieuse et de plus en plus revendicatrice ? Il serait dans doute temps de rouvrir l’ouvrage Contre les élections de David van Reybrouck et de se poser la question de manière critique : si nos formes de démocratie élective sont essoufflées, par quoi pourrions-nous bien les remplacer ? Le tirage au sort, les panels citoyens et autres processus délibératifs peuvent-ils faire le poids face à l’emballement de scrutins qui, malgré leurs défauts, permettent de coaguler et de matérialiser des volontés individuelles ?

10 mars Perspectives : lecture de « Le peuple contre la démocratie » de Yascha Mounk

Le politologue Tascha Mounk dresse un portrait inquiétant de nos démocraties. Selon lui, l’écart entre libéralisme et démocratie est grandissant, et le divorce pratiquement inéluctable. Mobilisant une série de recherches empiriques (sondages, reportages), Mounk propose un nouveau modèle pour comprendre la période politique complexe actuelle. Se pourrait-elle que l’issue réside dans l’établissement d’un nationalisme contrôlé et de réformes radicales ? Nous plongerons de manière critique dans cet ouvrage important et singulier.

24 mars Conclusion : politique et loi d’airain

Nous tirerons alors les conclusions des cinq conférences précédentes. En revenant sur les conclusions de nos lectures, nous tenterons de dresser le portrait-robot du peuple et de l’avenir de nos démocraties. Le modèle est-il à bout de souffle faute de pouvoir canaliser durablement la volonté de représentation du peuple ? Les démocraties sont-elles viables sans application pratique de la loi d’airain, qui voit en pratique se succéder au pouvoir les élites, les oligarchies, et ce même de manière de plus en plus héréditaire ? Pourrons-nous à la fois préserver la démocratie et définir le peuple ?

Cycle 6 : Le travail du sens (Michel Dupuis)


Le travail du sens

Michel Dupuis

Ce n’est pas un hasard si le mot « sens » est polyphonique. Le bon sens, le sens unique, le sens des valeurs, le sens de l’œuvre, le sens commun… autant de formules qui renvoient à des disciplines scientifiques différenciées mais qui s’inspirent en commun de cette capacité humaine à voir au-delà, à lire les choses et le monde, à interpréter (à tort ou à raison) les événements. L’être humain est un animal symbolique, disait Cassirer, et notre cycle de conférence dévoilera quelques aspects de cette réalité anthropologique.

Cycle 6 : le matin de 11h40 à 13h00

7 janvier Les significations du sens (Aristote, Saussure)

La linguistique et la sémiologie étudient systématiquement le monde du sens en dégageant des catégories et des modes de significations. En deçà de ces classifications, reste la capacité humaine à investir ce monde sensé.

21 janvier La significativité (Heidegger, Blumenberg)

L’étude du rapport au monde et à la réalité révèle un monde sensé élémentaire, qui conditionne le fonctionnement du langage. Ce monde peut cependant être décrit de façons bien différentes : plutôt totalisante, comme chez Heidegger, plutôt explosive, comme chez Blumenberg.

04 février Le sens métaphorique (Ricoeur)

La métaphore est bien autre chose qu’une figure célèbre de la rhétorique classique. Après Aristote, Ricoeur en fait un instrument de configuration et de révélation d’un monde habitable et d’une réserve de sens inédit.

18 février Le sens caché (Freud)

La psychanalyse se met à l’écoute d’un continent de sens caché, dont on ne perçoit généralement qu’une pointe émergée… Quelles lois régulent cette grammaire de l’ « autre sens » que l’on peut tenter d’interpréter ?

10 mars Le sens éthique (Levinas)

L’éthique fondamentale soutient à son tour une nouvelle grammaire où le système des significations se trouve dépassé, ouvert, par l’énigmatique phénomène d’autrui. Le sens habituel vole en éclats mais c’est par là qu’il retrouve sa signification humaine.

24 mars Le sens de l’existence (Frankl)

L’analyse existentielle développée par V. Frankl, reste peu connue ; elle constitue cependant une réponse effective à bien des questions de nos sociétés « en panne de sens ».

Cycle 7 : La pensée à l’oeuvre dans la musique baroque en Allemagne (Marc Crommelinck)

 

 

La pensée à l’oeuvre dans

la musique baroque en Allemagne

 

Marc Crommelinck

“A-t-on remarqué à quel point la musique rend l’esprit libre, donne des ailes aux pensées ? Que plus on devient musicien, plus on devient philosophe ?” Musique et pensée, musique et liberté, musique et philosophie… voilà posé par Nietzsche un champ problématique qui délimite, in fine, un horizon ouvert sur la question des rapports entre l’Art et la Vérité.

Depuis l’aube de la pensée chez les Grecs, la philosophie a entretenu avec la musique de profondes connivences. Durant l’Antiquité et jusque bien tard dans la Renaissance, la musique fut pensée comme le reflet admirable de l’harmonie du Cosmos, dans l’articulation subtile de l’ordre (proportions et nombres) et de la beauté. Dans la scolastique chrétienne, elle fut considérée comme un don divin capable de rendre présente cette harmonie. Par ailleurs, la musique nous renvoie inlassablement au mystère du Temps : par essence elle échappe à qui voudrait la saisir. Elle n’existe que dans le présent évanescent de ses interprétations, suite sensée d’instants qui toujours à nouveau se recrée. Au fond, n’est-elle pas la métaphore vive de l’ex-istence humaine ?

Cycle 7 : le matin de 10h00 à 11h20

14 janvier Martin Luther : théologie et musique

La musique baroque prend ses racines dans le mouvement réformateur. Luther y développe une pensée philosophique et théologique de la musique qui marquera définitivement le champ.

28 janvier L’invention du baroque en Allemagne

Monteverdi et Schütz sont les principaux acteurs de la transition entre musique renaissante et musique baroque. En Allemagne, une habile synthèse entre les pratiques anciennes et nouvelles se met en place.

11 février J.S. Bach ou l’accomplissement du baroque

J.S. Bach, poète et architecte de la musique, peut être considéré comme l’accomplissement d’un siècle et demi de musique. Il opère en outre une synthèse unique des influences italiennes et françaises.

3 mars Poétique et rhétorique musicales

Si la musique est un “discours sans parole”, qu’en est-il de sa structure, de ses figures de style capables de convaincre et d’émouvoir; qu’en est-il de sa sémantique ?

17 mars L’Un et le Multiple

Plusieurs formes musicales (dont la fugue) mettent en oeuvre, à partir d’une matrice unique, une grande richesse de variations. La pensée de Leibniz pourra éclairer cette vision de l’Unité dans Diversité.

31 mars La Structure et le Nombre

Les grandes œuvres du baroque sont construites de manière formelle comme de véritables architectures sonores. Nous montrerons comment le jeu des nombres participent de cette architectonique.

 

Cycle 8 : A quoi obéit celui qui désobéit ? (Jean-Michel Longneaux)

À quoi obéit celui qui désobéit ?

Jean-Michel Longneaux

Avec les gilets jaunes en France, et les marches pour le climat, l’actualité récente illustre le retour spectaculaire de la désobéissance civile. Comment comprendre ce phénomène ? Faut-il y voir un droit inaliénable de tout citoyen ? Comment départager la désobéissance légitime et celle qui ne l’est pas ? Désobéir, est-ce assumer et donc cautionner une part inévitable de violence ? La désobéissance civile interroge, au final, le vivre en commun dans nos sociétés contemporaines.

Cycle 8 : le matin de 11h40 à 13h00

14 janvier Désobéir au nom de la liberté ?

Il est classique de voir dans la désobéissance l’expression de la liberté humaine. L’un des derniers représentants, Stéphane Hessel, le proclame haut et fort. Pourtant, rien n’est moins sûr.

28 janvier Les mythes fondateurs de la désobéissance : La Genèse/Antigone

Deux textes fondateurs semblent s’opposer : la désobéissance, dans la Genèse, est coupable. Celle d’Antigone est au contraire valorisée positivement. Un doute, toutefois, subsiste.

11 février Y a-t-il de bonnes raisons de désobéir ?

Pour juger de la valeur de la désobéissance, il faut se rapporter à la cause qu’elle entend défendre. Mais comment juger cette cause ? Y aurait-il des valeurs supérieures aux lois d’un pays ?

3 mars La désobéissance dans une démocratie radicale : la guerre des préférences

Dans une démocratie radicale, il n’y a aucune valeur transcendante à revendiquer. La désobéissance est-elle alors la loi du plus fort ?

17 mars La désobéissance est-elle nécessairement non-violente ?

De La Boétie à Hannah Arendt en passant par Thoreau, les penseurs ont tenté de penser une désobéissance sans violence. Mais ils n’ont pu tenir leur position jusqu’au bout.

31 mars Désobéir, c’est assumer une violence nécessaire

Sartre offre l’exemple d’un philosophe qui a soutenu le recours à la violence. Quels sont ses arguments ?

 

Programmes des saisons précédentes

Saison 1 (2011 - 2012)

Pascal Chabot :

« Pourquoi la philosophie? »

« L’impalpable énigme du temps »

Michel Dupuis:

« Le souci et la joie »

Olivier Duquenne:

« L’art actuel: le merveilleux et le simulacre »

Guy Haarscher:

« Le retour du religieux: enrichissement ou menace pour nos libertés? »

Justine Lacroix:

« Qu’est-ce qu’une société vraiment libérale? »

François Ost:

« Le récit, à l’origine et à l’horizon des sociétés »

Laurent Van Eynde:

« La conquête de l’image cinématographique ou…une philosophie du western »

Saison 2 (2012 - 2013)

Laurence Bouquiaux:

« Qu’est-ce donc que la science? »

Pascal Chabot:

« Penser les métamorphoses contemporaines »

Michel Dupuis:

« Comment exister? Pensées chinoises et européennes en dialogue »

Guy Haarscher:

« La philosophie peut-elle aider à mieux vivre? »

Mark Hunyadi:

« Penser la morale à partir de quelques mots d’aujourd’hui »

François Ost:

« La bénédiction de Babel »

Frank Pierobon:

« Une brève histoire philosophique du regard »

Alain van der Hofstadt:

« Invention et formes du paysage »

Saison 3 (2013 - 2014)

Marie-Aude Baronian:

« Penser la mode ou l’envers de l’éphémère »

Laurence Bouquiaux:

« Paradoxes et surprises philosophico-scientifiques »

Pascal Chabot:

« Portraits philosophiques »

Michel Dupuis:

« La bioéthique: questions et enjeux philosophiques »

Odile Gilon:

« Ordre et désordre. La dynamique des choses et ses résonances. »

Guy Haarscher:

« Philosophie du progrès: ses désillusions, notre avenir. »

Sébastien Laoureux:

« Le quotidien et l’événement. Continuité et discontinuité dans l’expérience humaine. »

Frank Pierobon:

« La musique au défi de la vie…(et vice-versa) »

Saison 4 (2014 - 2015)

François De Smet

Noeuds contemporains.

Olivier du Roy & Marc Crommelinck

De l’empathie à la morale. Dialogue entre un expert en neurosciences et un philosophe.

Michel Dupuis

Six poètes pour penser

Odile Gilon

Mélancolie ou délices et voyages de l’amertume.

Guy Haarscher

Les droits de l’homme et la démocratie sont-ils compatibles?

Sophie Klimis

La justice mise en scène(s): Par delà l’opposition entre le réel et l’imaginaire.

Nicolas Monseu

L’expérience du silence.

Frank Pierobon

Penser le mal, avec Kant et Arendt

Saison 5 (2015 - 2016)

Sébastien Laoureux

Penser avec Spinoza

Nicolas Monseu & Jean Loubry

Vivre et créer. Le « Prologue » d’Ainsi parlait Zarathoustra

Odile Gilon

L’attention

François De Smet

Le Monstre – Ethique et esthétique

Pascal Chabot

L’intelligence et la peur

Fleur Courtois

« Mouvoir et revoir la pensée » – La mise en scène de la pensée en danse et en cinéma.

Marc Crommelinck

Philosophie et neurosciences en dialogue

Frank Pierobon

Mimèsis, mentir-vrai et faux-semblants.

Saison 6 (2016 - 2017)

Jean-Michel Longneaux

La liberté: une illusion?

Marc de Haan

Le théâtre de la vérité

Jean Leclercq

Déconstruction de la religion et exaltation de la citoyenneté

Olivier Duquenne

Les Métamorphoses et l’art d’aujourd’hui: Ovide dans la création contemporaine

Marie-Geneviève Pinsart

Engager le futur dans nos actions présentes

Lambros Couloubaritsis

Violences et souffrances humaines

Pascal Chabot et Laurent de Sutter

Quelques contemporains pour penser l’époque

Sébastien Laoureux

Penser avec Michel Foucault

Saison 7 (2017 - 2018)

Jean-Michel Longneaux

Approche philosophique du deuil

Clément Bertot

Nietzsche, philosophe législateur

Sacha Carlson

La phénoménologie: une méthodologie pour penser le monde d’aujourd’hui

Olivier Duquenne

L’art contemporain ou la « fureur des émotions »

Jean Leclercq

Vivre, philosopher, guérir

Benoît Peeters

Penser avec Roland Barthes

Marc Crommelinck

Souviens-toi… La mémoire: du mythe à la philosophie et aux sciences, un parcours pluriel

Frank Pierobon

Kant l’incontournable

Saison 8 (2018 - 2019)

Baudouin Decharneux

Religions, mythes et réalités sous un regard philosophique.

Emmanuelle Danblon

Les compétences rhétoriques et l’exercice de la citoyenneté.

Gertrudis Van de Vijver

Le sujet aux prises avec l’objet.

Guy Haarscher

Marx est-il vraiment mort ?

Jean-Michel Longneaux

Le bonheur, une affaire sérieuse

Laurent de Sutter

Penser l’indignation

Bernard Feltz

Écologie et modernité (vers un nouveau rapport à la nature, à l’animal, au corps)

Pascal Chabot

Le système, les ultraforces et le soi.