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Programme de la Saison 11 (2021 – 2022)

SAISON 11 ( septembre 2021 - mars 2022 )

(cliquez sur chacun des cycles pour plus d’informations)

Guy Haarscher - La pensée critique au péril de la post-vérité (28/09/21 - 14/12/21)

La pensée critique au péril de la post-vérité

Guy Haarscher

On parle couramment aujourd’hui de « crise » de la pensée critique. Les démocraties, de même que par exemple la justice, ne peuvent fonctionner correctement sans argumentation rigoureuse entre citoyens ou parties au procès. La science, dont nous avons tant besoin en ces temps de pandémie, fait l’objet d’une méfiance qui affecte les activités de toutes les élites. Cette période où prospèrent populismes et théories du complot est souvent appelée ère de la « post-vérité ». 

Il m’a semblé nécessaire – voire vital – de revenir aux fondamentaux de la raison critique. Poincaré affirmait dans un discours célèbre que la pensée ne devait jamais se soumettre à une autorité extérieure ou à un préjugé « intérieur », « si ce n’est », ajoutait-il, « aux faits eux-mêmes ».

Mais qu’est-ce qu’un fait ? Comme l’établir correctement ? Parallèlement, peut-on adopter une approche rationnelle des valeurs, des choix d’existence, des orientations de vie ?  Toutes ces vieilles questions philosophiques reviennent aujourd’hui à la surface, dans un monde où les alternative facts ébranlent les bases de l’exercice du libre examen des problèmes.

N’aurions-nous pas suffisamment mesuré les enjeux et les périls de la pensée critique ? nous tenterons cette année de mesurer les multiples dimensions de cette question cruciale.

 

Cycle 1: le matin de 10h00 à 11h20

28 septembre 2021 La pensée critique, les faits et les valeurs. L’obstacle des pouvoirs : l’ennemi extérieur

La pensée critique a toujours, d’une façon ou d’une autre, été menacée par les pouvoirs. On la confrontera au dogmatisme religieux, sur les exemples de Galilée et de Darwin, et aux totalitarismes du XXe siècle.

12 octobre 2021 La pensée critique et le conformisme : l’ennemi intérieur
L’adversaire n’est pas qu’extérieur : il est aussi intérieur. Il est l’effet de notre réticence à penser par nous-mêmes, comme nous y invitait notamment Kant. Petit trajet d’Eichmann à Jérusalem (Hannah Arendt) à un jeu télévisé effrayant, en passant par la soumission à l’autorité selon Stanley Milgram.
26 octobre 2021

La force du préjugé: communautarisme des valeurs et des faits

Le préjugé est intimement lié aux communautés. Il y a donc un communautarisme des valeurs. Mais le danger principal ne vient-il pas d’un communautarisme des faits, d’alternative facts qui risquent de détruire notre monde commun et les bases mêmes de la pensée critique ? On reviendra un bref moment à la « trahison des clercs » (Julien Benda), et à la « dialectique » marxiste-léniniste

16 novembre 2021

Critique directe et indirecte des dogmes

La raison critique ne s’attaque pas toujours frontalement aux dogmes. Il y a aussi, peut-être plus efficace à long terme, l’action indirecte de la rationalité instrumentale. De Thalès à Jorge de Burgos (personnage fictif du Nom de la Rose dEco),  puis à Galilée, Lyssenko et… Gorbatchev.

30 novembre 2021
 
Sophistes et fake news. L’exploitation perverse du doute. Le rôle clé de la confiance.
 

Le doute se trouve à la base de la pensée critique. Mais il existe un usage pervers de cette notion qui risque au contraire de la ruiner. Nous essayerons de pénétrer dans la « fabrique du doute », et de poser le problème de la méfiance radicale qu’il instille dans les esprits.

14 décembre 2021

La liberté d’expression et le politiquement correct

La pensée critique aurait peu d’effet sans la possibilité d’être communiquée, extériorisée, donc de de venir visible, y compris aux yeux du censeur potentiel. Ce dernier l’attaquera de deux manières : frontalement et brutalement d’une part, « délicatement » au nom du politiquement correct d’autre part. Un loup dans la bergerie : peut-être le danger le plus actuel.

Nathalie Grandjean - Transhumanisme ou posthumanisme ? (28/09/21 - 14/12/21)

Transhumanisme ou posthumanisme ?

Nathalie Grandjean

Entre le transhumanisme et le posthumanisme, les confusions sont nombreuses. Ce cycle aura pour objectif de clarifier ces deux notions. Si le transhumanisme est tout à la fois mouvement politique, imaginaire technoscientifique et horizon normatif, attaché au dépassement des contingences matérielles des corps humains ; le posthumanisme semble se tenir dans un champ de discussions académiques – mais néanmoins politisées – autour de la possibilité de se penser au-delà de l’exceptionnalisme humain, c’est-à-dire dans un paradigme où l’individuation fait place à la relationnalité. 

 

Cycle 2 : le matin de 11h40 à 13h00

28 septembre 2021 Sortir des humanismes
De quel(s) humanisme(s) entendent sortir les transhumanistes et posthumanistes ? Quels sont leurs projets philosophiques ? Il s’agit de dresser une cartographie critique de ces deux mouvements de pensée, en suivant leur souci de dépassement de l’humanisme des Lumières.
12 octobre 2021
Politiques du transhumanisme
Le régime des promesses transhumanistes, caractérisé par une longévité sans limite, une amélioration et augmentation des capacités des individus, s’inscrit dans un fondement politique libéral, quasi libertarien, et se heurte dès lors à la réalité des inégalités sociales et de santé.
26 octobre 2021
Panique morale et querelles éthiques
Et si le soin et la réparation des corps basculaient dans l’amélioration, serions-nous encore suffisamment humains ? Et si l’amélioration humaine (prothèses, médicaments…) permettait de remplacer l’effort normalement fourni, serions-nous toujours dignes de ce que nous avons gagné ?
16 novembre 2021
Métaphysique transhumaniste
Pour les transhumanistes, le projet d’amélioration doit se comprendre comme un effort vers le dépassement des limites de la nature humaine. Mais qu’est-ce que la « nature humaine » ? Et en quoi dépasser ses limites est-il dangereux, voire blasphématoire ?
30 novembre 2021
Quitter l’exceptionnalisme humain
Les posthumanistes souhaitent se défaire de l’humanisme des Lumières car ce mode de pensée aurait épuisé ses propres possibilités. Quitter l’humanisme, c’est avant tout quitter son exceptionnalisme et chercher à se penser en relation avec les non-humains et les « plus qu’humains »…
14 décembre 2021 « Nous n’avons jamais été humains… »

Et si nous n’avions jamais été humains, c’est-à-dire jamais été cet îlot stable et cohérent, épris de liberté et d’autonomie ? Pourquoi ne pas nous voir comme des êtres dont le mélange, l’hybridation et l’entre-deux facilitent une ontologie de la relationnalité ?

Michel Dupuis - Un virus, une pandémie et des hommes (5/10/21 - 21/12/21)

Un virus, une pandémie et des hommes

Michel Dupuis

La pandémie qui s’est déclarée vers le début de 2020 restera dans l’Histoire de la planète tout entière. Il faudra du temps et des données supplémentaires pour s’en faire une idée adéquate et assez complète : le temps d’une compréhension intégrale n’est pas encore venu – s’il vient un jour. En revanche, il est essentiel d’identifier dès à présent quelques enjeux déterminants pour construire une réponse raisonnable à de nouveaux risques sanitaires qui avaient été sous-estimés. La question de cette résilience n’est pas que scientifique ; elle concerne tout autant les sciences humaines, de la sociologie à la psychologie, de l’histoire à l’économie et au droit. Les enjeux proprement philosophiques sont eux aussi déterminants : qu’avons-nous appris de nous-mêmes ? Où allons-nous désormais, et comment ? Que devons-nous faire ? Comme une mise à l’épreuve radicale de qui nous sommes et de comment nous vivons, la pandémie est effectivement un « moment philosophique ».

Cycle 3 : le matin de 10h00 à 11h20

5 octobre 2021 Une catastrophe naturelle: le retour du refoulé.
L’évolution technoscientifique est un phénomène magnifique, mais qui joue des tours aux êtres humains naïfs ou fascinés, qui en oublient leur « condition naturelle », c’est-à-dire leur intime dépendance de l’environnement climatique et biologique.
19 octobre 2021 Sauver des vies ou des personnes ?
Contrairement à ce qu’ont soutenu quelques intellectuels en vue, nous n’avons pas été vitalistes durant les confinements imposés. Il s’agissait de préserver l’existence de milliers de personnes tout en limitant la catastrophe économique, sociale et psychique. Qu’est-ce qu’une éthique du confinement ?
9 novembre 2021 Un tissu social fait de noeuds et de conflits
Nous ne pouvons plus désormais associer notre représentation d’une société idéale à une communauté humaine tranquille et homogène, unanimement résolue à suivre le chemin (commun) vers un Bien (commun). Nos sociétés ont une fois encore révélé une de leurs caractéristiques fondamentales : la co-existence de conflits majeurs, souvent implicites, et d’intérêts assez différents. Plus que jamais nos politiques supposent une éthique des choix, des priorisations et des arbitrages raisonnables.
23 novembre 2021 Une relecture des droits du patient
Les événements nous ont forcés à revoir nos catégories sociologiques, juridiques et même éthiques. A la veille de son vingtième anniversaire, la loi sur les Droits du Patient, qui date de 2002, doit être elle aussi relue de manière critique et adaptée à ce que nous avons durement appris.
7 décembre 2021 Une nouvelle géopolitique de la santé
L’éthique de la santé publique se heurte sur plusieurs points à l’éthique de la santé individuelle et elle impose en outre de revoir en profondeur le sens et l’évidence des frontières entre les individus d’une même famille, d’un même quartier, d’un même pays. L’interdépendance en appelle à une nouvelle « internationale des soins ». C’était une vieille leçon de la bioéthique en général et cela redevient une exigence incontournable à l’heure d’une pandémie.
21 décembre 2021 En somme, quel bilan philosophique et quelles perspectives ?
Avec le recul nécessaire et l’analyse des points essentiels des événements de ces derniers mois, quelles leçons philosophiques allons-nous tirer, en plus des nouvelles connaissances scientifiques qui ont fait de considérables progrès ? Et à quoi devons-nous nous préparer ? Avec quelles stratégies et quels moyens ? N’est-il pas temps d’installer un dispositif de partage d’expériences et d’échanges citoyens sur l’avenir de la santé publique ?

Charlotte Luyckx - Enjeux philosophiques de l'écologie (5/10/21 - 21/12/21)

Enjeux philosophiques de l’écologie

 

Charlotte Luyckx

Souvent conçue comme un problème d’ordre politique, économique et technique, la crise écologique que nous traversons peut également être interprétée comme une crise des fondements philosophiques de notre culture. Dans cette optique, une révision des catégories héritées de la modernité s’avère incontournable : l’humain conçu comme sujet rationnel et autonome, l’éthique anthropocentrique et l’ontologie dualiste constituent autant de racines de cette crise. Entre rupture et continuité, les dernières décennies ont vu fleurir une palette d’alternatives écophilosophiques à cette vision qui ne sont pas sans rappeler certains débats historiques qui ont marqué l’histoire de la philosophie.

 

Cycle 4 : le matin de 11h40 à 13h00

5 octobre 2021 Qu’est-ce que l’écophilosophie ?

La crise écologique a donné lieu à de nombreuses interprétations philosophiques qui s’articulent autour d’une réflexion sur ses racines.

19 octobre 2021 Ancrage historique des enjeux écophilosophiques

La scène écophilosophique contemporaine oppose deux familles d’intuitions philosophiques qui actualisent un débat historique entre philosophie des Lumières et romantisme allemand.

9 novembre 2021 Tentatives de synthèses
Historiquement, on trouve chez Hegel et Schelling une issue philosophique au débat Lumières-romantisme. Certains philosophes s’en inspirent pour imaginer un nouveau sol écophilosophique.
23 novembre 2021 La voie phénoménologique

D’autres auteurs s’engagent au contraire sur la voie d’une phénoménologie de la nature, aux sources d’une nouvelle conscience écophilosophique.

7 décembre 2021

Décentrer l’écologie ?

Au-delà de l’anthropocentrisme, de l’ethnocentrisme, de l’androcentrisme, l’écologie nous invite à décaler notre regard du centre vers la périphérie afin d’enrichir nos visions de la réalité.

21 décembre 2021

Dépasser la modernité…sans la nier

Nous explorerons la voie d’un dépassement intégratif de la modernité dans la perspective d’une écologie intégrale.

Pascal Chabot - Psychopolitique de l'Europe (11/01/22 - 22/03/22)

Psychopolitique de l’Europe

Pascal Chabot

Qu’arrive-t-il aux utopies lorsqu’elles se réalisent? Parviennent-elles encore à drainer imaginaires et projets? Ou bien, pareilles à des rêves enlisés dans le quotidien, peinent-elles à aimanter vers elles les meilleures énergies? Ces questions sont celles de l’Europe d’aujourd’hui. Pour les aborder, rien de tel qu’interroger la psychopolitique d’un continent à l’identité morcelée, au passé splendide et douloureux, à l’avenir disputé. A travers cette introspection de la mentalité européenne, c’est nous-même que nous chercherons à connaître, et plus précisément, en nous, ce qui nous importe. Car l’Europe a toujours été un formidable test projectif pour nos désirs et nos valeurs.

 

Cycle 5 : le matin de 10h00 à 11h20

11 janvier 2022 Une passion nécessaire
Les dimensions émotionnelles de l’Europe font partie intégrante de l’histoire de sa création. A travers les récits de sa fondation, ainsi que de son rapport aux catastrophes dont elle se veut l’antidote, on cherchera à caractériser cette étrange passion.
25 janvier 2022 La qualité de vie comme valeur
L’Europe est un continent abstrait, et cette singularité d’ex-traumatisée la distingue des autres constructions psychopolitiques qui tablent sur les valeurs très concrètes de force, d’impérialisme ou de suprématie.
8 février 2022 Qui veut la peau de l’Europe ?

Faut-il classer l’euroscepticisme dans le groupe des nostalgiques du nationalisme? Ou bien, prenant l’Europe pour cible, formulent-ils un nouveau genre de plainte contre la mondialisation? Leurs questions, en tous cas, forcent à pluraliser l’Europe et à analyser la compétition entre ses versions.

22 février 2022 La pragmacratie, avenir de la démocratie ?

Bruxelles, capitale mondiale des lobbyistes, a donné un statut particulier à la rationalité instrumentale. Le nom de la capitale résonne désormais avec un nouveau mode de gouvernance qui pourrait s’appeler pragmacratie. S’agit-il d’une politique ?

8 mars 2022 La case vide
Cette cinquième conférence est encore une case vide, à nourrir par les échanges suscités par les quatre premières. La métaphore, d’ailleurs, servira à se demander quel est le manque essentiel qui caractérise l’Europe.
22 mars 2022 Les futurs de la paix
Pourquoi, le mot « paix » ne se prononce-t-il qu’au singulier? Il est certes, en français, incongru au pluriel, mais ne s’agirait-il pas, pour penser la pacification qui s’est appelé Europe, d’admettre qu’il existe plusieurs types de paix. Entre elles, quelle hiérarchie ?

Jean Leclercq - Splendeurs et misères de la laïcité (11/01/22 - 22/03/22)


Splendeurs et misères de la laïcité

Jean Leclercq

« Laïcité » : voici un mot, beau et riche à la fois, avec une histoire passionnante mais qui, hélas, est parfois mal compris ou, pire encore, défiguré et détourné de ses nobles objectifs de paix et de fraternité universelle.

Ce cycle commencera par un voyage à rebours vers l’origine, puis il suivra les traces d’un concept qui veut nous apprendre et nous aider à vivre pratiquement, de façon libre et inclusive, dans un cadre démocratique égalitaire, et, bien entendu, dans le respect salutaire de nos différences.

Cycle 6 : le matin de 11h40 à 13h00

11 janvier 2022 Géologie du concept et filature de ses empreintes
On dit souvent que ce mot « laïcité » est vaporeux ou équivoque. C’est une erreur. Il a une longue histoire qui se décline différemment selon les temps et les lieux.
25 janvier 2022 Cartographie et exploration du concept
Une fois cette phase étymologique et sémantique mise au point, on étudiera le concept « en lui-même », en le différenciant de ce qu’il n’est pas et en assumant une définition précise.
08 février 2022 Devenir « laïques » pour ne pas nous séparer
La laïcité se fonde sur quelques grandes idées directrices et inhérentes au projet démocratique, si bien qu’elle se veut garante de l’égalité et de la fraternité qui fondent la communauté humaine.
22 février 2022 Puisqu’elle est obligatoire, que l’École soit laïque
L’École est un lieu de passage obligatoire et, en raison de son programme de formation et d’instruction publique, elle porte, en elle, les gages d’une vie commune. Elle devrait donc être « laïque », par nature.
08 mars 2022 Que faire de nos signes et de nos convictions ?
Qu’est-ce qu’un « signe » ? Que se trame-t-il quand il est « convictionnel » ? On réfléchira à leurs significations, leurs usages et leurs diverses visibilités, en ce compris en régime démocratique et laïque.
22 mars 2022 La Belgique « de demain » gagnerait-elle à être « laïque » ?
La réflexion sur l’inscription de la notion de « laïcité » dans la Constitution belge est un enjeu de taille pour un pays pluraliste. Certains sont pour et d’autres contre. On fera un état des lieux.

Frank Pierobon - L'hédonisme (18/01/22 - 29/03/22)

L’hédonisme

Frank Pierobon

 

L’hédonisme est cette philosophie singulière de l’Antiquité qui privilégie le plaisir, hêdonế ; après une éclipse correspondant grosso modo à l’ère chrétienne, elle a refleuri comme un mouvement de fond en lequel se reconnaît l’imaginaire collectif à partir du dix-huitième siècle. Bien plus qu’une spécialité érudite, c’est une philosophie de la vie que tout le monde aujourd’hui pratique à sa manière, reprenant à son compte ce que Diogène Laërce rapportait d’Aristippe de Cyrène : « Il savait jouir du plaisir du moment présent ; il évitait la souffrance que l’on rencontre lorsqu’on cherche à jouir des choses qui ne sont pas présentes. » Aujourd’hui, au sortir de la COVID, cette attitude positive parle à tout le monde… mais que dit-elle au juste ?

 

Cycle 7 : le matin de 10h00 à 11h20

18 janvier 2022 Une sagesse d’autrefois ou une invention récente ?

Le plaisir semble aller de soi et l’idée en est familière à tout un chacun. De prime abord, pour jouir du plaisir, il ne faudrait aucune argumentation sophistiquée ou quelque caution prestigieuse. Toutefois l’hédonisme, dont le terme a été inventé en 1890, prend tout son sens via le contraste d’avec des morales prescriptives de tout ordre : religieuses, politiques et même médicales, qui depuis les Lumières sont énergiquement contestées.

1 février 2022 L’intérêt contemporain pour les philosophies hellénistiques

Double racine de la philosophie occidentale, Aristote et Platon, dont le legs écrit nous a été transmis en grande partie, parlent tous deux du bonheur et du plaisir de manière décisive. En contraste, l’intérêt porté aujourd’hui à l’hédonisme se fixe sur des philosophes « socratiques » dissidents, comme Diogène le Cynique ou Aristippe l’Ancien, dont pourtant il ne reste presque rien, soit un ensemble de citations et de fragments. Il n’empêche, l’identification et la projection jouent à plein : à la réflexion, il se pourrait bien que l’hédonisme soit une problématique contemporaine qui se serait donnée des ancêtres illustres.

15 février 2022 La vertu contre la volupté: le choix d’Hercule et celui de Kant

Le mythe est ancien et il hante toute la sensibilité chrétienne, dans une tension entre la vertu qui ouvrirait sur la transcendance et la volupté qui serait vouée à l’immanence. Dans la période prémoderne (jusqu’aux Lumières), le plaisir est mal vu s’il est pris pour lui-même, et on lui préfèrera les béatitudes, soit une jouissance qui rapproche du divin et en émane. Pour fonder la morale, Kant oppose la vertu (l’autonomie morale) au bonheur, soit sa propre philosophie à celle des Épicuriens et des Stoïciens. Premier problème : pourquoi les opposer ? Second problème : tout le monde est, en fait, massivement antikantien à cet égard.

1er mars 2022 La question de la sensualité et de l’esthétique (Walter Pater et Oscar Wilde)
Au dix-neuvième siècle, le plaisir redevient acceptable à proportion de ce qu’il est cultivé et raffiné, rétablissant une conjonction entre l’idéalité de la beauté rêvée et la réalité attestée par la sensibilité. « Vivez cette merveilleuse vie qui est en vous » s’exclamera Oscar Wilde : la réaction à l’ascétisme religieux, politique et bientôt médical n’est aucunement le refus de toute transcendance, de toute culture ou de toute philosophie. Loin de toute dichotomie, l’esthétisme prône la réconciliation, dans l’art et le raffinement entre l’idée et la vie, l’intellection et la sensualité, le ciel et la terre… c’est-à-dire entre ces valeurs que la Modernité avait opposées à l’extrême.
15 mars 2022 Une crise salutaire – Nietzsche, Freud, Husserl
Le dix-neuvième siècle est cette époque de l’histoire où sans divorcer vraiment, la science et la philosophie font chambre à part. De plus en plus, des tensions internes font apparaître d’autres modes de pensée qui louvoient entre le maintien d’une autorité et d’un prestige encore égaux à ceux de la science (au risque d’un dessèchement inexorable, comme dans toute imposture) et la nécessité, ressentie esthétiquement, de faire sécession, de penser autrement, de faire « retour aux choses elles-mêmes » (Husserl) ou encore de faire éclater le noyau dur de l’ancien cogito (Freud).
29 mars 2022 L’hédonisme au risque de l’insouciance
Aujourd’hui, l’hédonisme peut coloriser une philosophie de la vie qui se voudrait vertueusement égoïste, en revenant au corps comme à ce que chacun a d’unique et d’originaire. Comme tonalité générale d’une idéologie floue et d’une réelle hégémonie culturelle, celle de la société de consommation, l’hédonisme individuel rencontre des limites dans le collectif, avec des considérations plus abstraites sur les limites des ressources planétaires, l’environnement, la santé, etc. Les mouvements de pensée les plus prégnants aujourd’hui – l’écologie, la politique, la psychanalyse et la psychologie sociale – réinventent le choix d’Hercule entre Vertu et Volupté, à ceci près qu’Hercule ne se sent plus aussi fort qu’auparavant.

Jean-Michel Longneaux - L'impossible égalité entre les hommes (18/01/22 - 29/03/22)

L’impossible égalité entre les hommes

Jean-Michel Longneaux

Penser positivement l’inégalité entre les hommes est devenu, depuis quelques décennies, politiquement incorrect. Mais est-ce aussi philosophiquement incorrect ? A vrai dire, aucune question, en philosophie, ne mérite d’être écartée avant d’avoir été examinée. Bien plus, le fait qu’elle soit devenue politiquement incorrecte doit éveiller notre curiosité. Qu’ont donc à nous dire les penseurs de l’inégalité ?

 

Cycle 8 : le matin de 11h40 à 13h00

18 janvier 2022 Le triomphe de l’égalité et de l’indifférenciation

La morale convenue fait l’éloge de la différence, mais c’est plutôt à une égalisation des différences que l’on assiste, qui conduit à l’indifférenciation.

01 février 2022 Tous les hommes sont égaux ?

Faut-il rejeter définitivement l’idée choquante selon laquelle il y aurait parmi les humains des hommes libres et des esclaves ? Dialogue avec Platon et Aristote

15 février 2022 « Il faut protéger les forts des faibles ! »
Nietzsche serait-il un lanceur d’alerte ? Qui sont les forts et les faibles ? Et pourquoi les premiers seraient-ils menacés par les seconds ?
01 mars 2022 De l’égalité à la médiocratie ?
Peut-on défendre à la fois une égalité des droits et une égalité des chances, et dans le même temps une aristocratie des valeurs ? Débat avec A. de Tocqueville et A. Finkielkraut
15 mars 2022 Des relations intersubjectives en quête d’égalité ?
Hegel, Sartre ou encore Levinas se rejoignent au moins sur un point : une relation réussie est celle qui consacre une heureuse inégalité.
29 mars 2022 Inégalité entre les hommes, inégalité en l’homme
Chacun d’entre nous, en son for intérieur, fait l’expérience d’une inégalité constitutive entre soi et soi, comme l’ont si bien vu, parmi tant d’autres, Platon, Descartes et Nabert.  

Vous pouvez retrouver les programmes des saisons passées sous l’onglet « orateurs »